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Van Dyck au Musée Jacquemart-Andre
Le musée Jacquemart-André retrace les grandes étapes de la carrière d’Antoon Van Dyck à travers un genre où il excella : l’art du portrait. En rassemblant les toiles les plus marquantes des grands musées européens et américains, cette exposition met à l’honneur un peintre auquel les musées français n’ont jamais consacré d'exposition à caractère monographique.
Elève de Rubens et inspiré par l’école italienne, il met au point son propre style à mi-chemin entre l’héritage de son maître et le modèle du Titien. Brillant portraitiste de Cour, il peint les membres de la famille royale d’Angleterre et tout particulièrement le roi Charles Ier. Cette expressivité mélancolique et élégante séduit l’aristocratie anglaise et nous offre une superbe galerie des grandes figures de l’Europe de son temps et plus particulièrement de l’Angleterre des Stuart.
En trente-six toiles et douze dessins, tous de premier choix, le Musée Jacquemart-André propose pour la première fois en France une synthèse sur le travail de portraitiste de cet élève génial de Rubens.

Mains qui tiennent à peine une lettre, un insigne, doigts qui pincent délicatement une fleur, un éventail. Mains qui caressent, effleurent, se posent, légères, gracieuses, sur une étoffe, un coin de fauteuil. Doigts qui jouent avec un camée, une bague, qui s'effilent et désignent mollement un point mystérieux, hors champ. Mains à la blancheur virginale, d'une opalescence au sang bleu, encore soulignées par la noirceur des velours ou la richesse des soieries… Les mains dans les portraits d'Antoon Van Dyck (1599-1641) sont aussi hypnotiques que les regards. D'un langage aussi subtil mais que l'on comprend parfaitement dans les huit salles d'expositions temporaires du Musée Jacquemart-André. Pour cette première synthèse tentée en France sur l'œuvre de portraitiste du prodige d'Anvers, le meilleur des élèves de Rubens, elles ont été transformées en cabinets de peinture XVIIe par Hubert Le Gall, brillant scénographe de « Mélancolie » et de la rétrospective Vuillard au Grand Palais ou encore de « Matisse » au Musée du Luxembourg.

Dans la plus haute société
Ces mains sont donc à la hauteur de nos yeux ; comme condescendant à un baisemain ou une révérence. Avec Van Dyck, nous sommes admis au sein de la plus haute société flamande, génoise ou londonienne. Noblesse de cour, de robe, mais aussi haute finance, grand commerce et même artistes gentilshommes, le peintre ne se privant jamais d'accorder à ses amis (ou pour lui-même dans ses autoportraits) la distinction qu'il octroie à ses commanditaires officiels. D'où ce sentiment que nous ne sommes pas importuns devant cette élite. Van Dyck peint souvent la puissance, la majesté, la réserve, la désinvolture, parfois l'ironie, la froideur ou l'absence mélancolique, mais jamais la morgue.

Ainsi, si l'on en revient aux mains, on peut interpréter leur finesse autant comme un signe d'aristocratie que comme celui d'une fragilité consubstantielle. On dit que le portraitiste, qui faisait presque toujours figurer les mains dans ses compositions (le tableau coûte traditionnellement plus cher avec elles), en copiait d'autres que celles appartenant à son modèle si d'aventure ces dernières lui semblaient par trop grossières.

Cette fragilité extrême et revendiquée, qui se lit des poignets fins aux doigts immensément longs et aussi dans certains regards ou certaines attitudes, va de pair avec la mobilité. Car elles vivent ces mains, suggérant toujours d'imperceptibles gestes ou, lorsqu'elles sont au repos, jamais raides ou lourdes. Comme en apesanteur. Se combine donc au rappel de la fugacité de toute chose, y compris des plus grandes, une célébration de la vie. C'est cet ineffable alliage d'humilité et d'épicurisme, cette constante atmosphère de philosophie morale jamais complètement austère, qui rend ces portraits humains par-delà la gloire.

Quel tour de force : l'éphémère faisant son entrée dans le portrait d'apparat, lequel est par nature un travail cherchant l'immortalité! Bien plus tard, Francis Bacon poussera ce paradoxe à son paroxysme dans ses portraits d'un pape Innocent X se décomposant littéralement sur son siège. En attendant, voilà qui inscrit Van Dyck parmi les plus grands de l'histoire de l'art. « L'esquisse du mouvement dans le portrait en majesté constitue une révolution discrète mais certaine », note Alexis Merle du Bourg le commissaire de l'exposition.

La sublime élégance du portraitiste - qui se représente en dandy avant l'heure -, fait d'ailleurs penser que ce disciple et quasi égal de Rubens, doublé d'un héritier des maîtres vénitiens du Cinquecento, savait que la postérité l'installerait au panthéon des peintres, à la hauteur de Titien, son saint patron.

Bonaparte et l'Egypte
Campagne militaire désastreuse, l'Expédition d'Egypte de Bonaparte (1798-1801), à la laquelle l'Institut du Monde arabe à Paris consacre une exposition à partir de mardi et jusqu'au 29 mars, a également contribué à la découverte d'une culture dans l'esprit des Lumières.
Lorsqu'il embarque à Toulon à la tête d'une armée de 54.000 hommes à destination d'Alexandrie pour couper la route des Indes aux Anglais, Bonaparte emmène avec lui quelque 160 civils qui forment une Commission des sciences et des arts.
Durant trois ans, ces naturalistes, peintres ou ingénieurs vont minutieusement consigner leurs découvertes qui seront, après leur retour en France, rassemblées dans un monumental recueil en 24 volumes intitulé "La Description de l'Egypte", servant de fil conducteur à l'exposition.
Cet ouvrage, dont plusieurs planches d'un exemplaire démembré sont présentées aux visiteurs publié en 1809 "inaugure la pensée scientifique du 19ème siècle", affirme Jean-Marcel Humbert, commissaire scientifique de l'exposition.
La Description de l'Egypte préfigure le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens, dont le mystère sera percé par Champollion en 1822, et le canal du Suez, imaginé par les ingénieurs de Bonaparte et dont la réalisation ne débutera qu'un demi-siècle plus tard.
L'exemplaire de La Description appartenant à l'Assemblée nationale est exposé dans son meuble de style égyptisant réalisé sur mesure pour contenir notamment les volumes des planches illustrées, qui mesurent un mètre de haut.
Au total, près de 400 oeuvres et objets d'art prêtés par des musées égyptien, américains et européens sont montrés, dont certains pour la première fois à Paris.
Parmi les oeuvres picturales de l'expédition, des esquisses et des aquarelles ont été réalisées en Egypte, mais "aucune huile sur toile n'a été faite sur place", car les artistes membres de l'expédition n'avaient pas emporté avec eux le matériel nécessaire, explique la commissaire de l'exposition Aurélie Clémente-Ruiz.
On peut admirer des instruments de musique égyptiens traditionnels, du type de ceux décrits par Guillaume-André Villoteau, un membre de l'expédition considéré comme le premier ethno-musicologue du monde pour avoir étudié et retranscrit la musique populaire du monde arabe.
Les concepteurs de "Bonaparte et l'Egypte" ont inséré la campagne militaire, qui s'est soldée par une défaite face à l'Angleterre en 1801, dans un cadre historique plus large commençant en 1769, année qui a vu naître à la fois le futur Napoléon Ier et Muhammad Ali Pacha, gouverneur puis vice-roi d'Egypte de 1805 à 1848 et considéré comme le père de la modernisation du pays.
Une période marquée par de "profondes influences croisées entre la France et l'Egypte", selon M. Humbert, et qui s'achève en 1869 avec l'inauguration du canal du Suez.

Biennale des Antiquaires 2008
L’idée d’une « foire aux antiquaires » fit son apparition dans les années 50. C’était exactement en 1956, sous l’égide du nouveau Président du Syndicat National des Antiquaires, Pierre Vandermeersch.
Leur rêve ? Créer une manifestation où la beauté des objets rivaliserait avec celle des femmes qui visiteraient l’exposition, où l’élégance, le prestige et la fête s’offriraient à une foule d’amateurs d’art et de collectionneurs.
André Malraux ouvrit les portes du Grand Palais, monument parisien mythique crée pour l’Exposition Universelle de 1900. Et c’est en 1962 qu’eut lieu, dans sa forme actuelle, la première Biennale Internationale des Antiquaires, concentration des plus grands antiquaires, des plus grands décorateurs, des plus grands joailliers, des plus grands libraires aussi bien français qu’étrangers sous la verrière, dans un décor féerique constitué de pavillons, jardins et fontaines.
Des personnalités telles qu’André Crivelli, Jean-Raphaël Millies-Lacroix, Pier-Luigi Pizzi, Jean-Michel Wilmotte ou Christian Lacroix apportèrent leur talent à la réalisation de cette manifestation que le Tout Paris des grands collectionneurs et l’élite internationale se pressent de visiter.
La XXIVème Biennale des Antiquaires cultive l’Art de Vivre

Organisée depuis sa première édition en 1956 par le Syndicat National des Antiquaires (SNA), la XXIVème Biennale ouvrira ses portes du 11 au 21 septembre 2008, au Grand Palais à Paris.
Rendez-vous incontournable du marché de l’art, la Biennale propose une large palette de spécialités présentées par des professionnels de renommée internationale dans le domaine des Antiquités, des Beaux-arts et de la Joaillerie. Ces derniers, tous membres du SNA, ont été choisis parmi les meilleurs antiquaires et marchands d’art au monde. Ils répondent à l’exigence de qualité établie par le SNA, garantissant ainsi un code d’honneur partagé par tous les professionnels envers leurs clients et confrères.
Depuis la réouverture du Grand Palais en 2006 après des travaux sublimant ce haut lieu de l’architecture française, la Biennale retrouve définitivement son écrin d’origine.
L’ouverture au public sera précédée d’un vernissage qui réunira de nombreux amateurs d’art et d’un dîner de Gala dont les bénéfices seront intégralement reversés à la Fondation Hôpitaux de Paris - Hôpitaux de France présidée par Madame Jacques Chirac.

Monaco : exposition les années Grace Kelly
 Présentation de l’exposition : introduction et concept
 Pour la première fois à Monaco, une exposition de dimension internationale va rendre hommage à la Princesse Grace. En étroite collaboration avec le Palais Princier qui a levé le voile en exclusivité sur des objets inédits, cette exposition retracera tous les moments et toutes les facettes de sa vie, de la star hollywoodienne Grace Kelly à la Princesse monégasque impliquée au quotidien dans le rayonnement international d’une Principauté qui l’a adoptée et aimée dès son apparition sur le Rocher en 1956.
« La Princesse Grace nous a laissé l’image d’une élégance inaltérable. On peut n’avoir vu aucun de ses films, n’avoir jamais visité la Principauté de Monaco, cette image demeure présente dans tous les esprits comme une réponse nécessaire à la dureté du monde dans lequel nous vivons », explique le Commissaire de l’exposition, Frédéric Mitterrand, avant de poursuivre : « Elégance d’une jeune fille fortunée de Philadelphie incarnant le rêve Américain, Elégance de la débutante des magazines sophistiqués et des comédies sentimentales exprimant l’optimisme de l’immédiat après-guerre, Elégance du glamour Hollywoodien en technicolor,  Elégance de la femme aimante qui choisit librement de changer le cours de son existence, Elégance d’une princesse appartenant à l’une des plus anciennes dynasties d’Europe, Elégance d’une mère inébranlable et d’une souveraine qui se dévoue efficacement et sans compter pour les siens, Elégance d’une réserve souriante qui fascinait les médias et d’un style de vie ultrasensible et poétique retenant une part de mystère, Elégance d’une beauté préservée par la permanence d’un charme juvénile, Elégance d’une époque dont elle fut la passagère et dont chacun ressent une nostalgie.
 La mort prématurée de la Princesse Grace survenue il y a vingt-cinq ans l’a inscrite dans la lignée tragique des destins de légende en lui conférant le rayonnement intemporel des Contes de Fées. On sait depuis longtemps que les Contes de Fées ne sont pas seulement écrits pour les enfants mais qu’ils disent la vérité et intéressent tout le monde. Cependant celui dont la Princesse Grace est l’héroïne est sans doute l’un des plus émouvants car c’est le dernier d’autrefois et le premier des temps modernes », conclut ce merveilleux conteur.
Le visiteur sera plongé au cœur des souvenirs de ces « années Grace Kelly » comme en feuilletant un album de photos mais en découvrant plus généralement des lettres, objets personnels, robes et accessoires de mode, enregistrements sonores, extraits de films, reportages d’actualités, etc. « Tout cela devrait permettre de retrouver l’univers incomparable de la Princesse Grace et d’évoquer le sens que revêt, pour chacun de nous, la persistance de sa mémoire ».
La Maire de Paris rend hommage à la Princesse Grace de Monaco en accueillant l’exposition présentée au Grimaldi Forum à l’été 2007. Sous le commissariat de Frédéric Mitterrand, cette exposition retrace moments et facettes de la vie de Grace Kelly.
De la star hollywoodienne à la Princesse monégasque, itinéraire d’une femme magnifique, au destin exceptionnel.
 
L’exposition se propose d’emmener le visiteur au coeur des souvenirs des «années Grace Kelly, Princesse de Monaco». Une exposition hommage qui feuillette un album photos signé des plus grands noms de la photographie (Howell Conant, Cecil Beaton, Irving Penn…), une exposition qui dévoile la correspondance que Grace Kelly a entretenu avec ses amis d’Hollywood et les grands de ce monde (Jacky Kennedy, Alfred Hitchcock, la Callas, Cary Grant…), une exposition qui présente des objets personnels, une partie de sa garde-robe (dont sa robe de mariage), des bijoux ou encore de nombreux accessoires de mode, comme le célèbre sac Kelly signé Hermès.
 Le cinéma, sa première vie, sera largement représenté.Montage d’extraits de ses principaux films, large espace consacré au film d’Alfred Hitchcock, Fenêtre sur Cour, mais aussi séquences de films familiaux tournés par Grace Kelly elle-même et qui permettent d’entrer de plain-pied dans sa vie quotidienne.
 Au travers de cette femme disparue trop tôt, c’est toute une époque qui se dessine.
Une époque qui veut oublier une seconde guerre mondiale meurtrière. Une époque où une femme, Grace Kelly, quitte son Amérique natale et lui préfère, par amour, la vielle Europe…
 

Impôts et oeuvres d'art
Il existe un moyen pratique et peu connu pour régler les droits de donation, de succession, voire l'impôt de solidarité sur la fortune. L'administration accepte sous certaines conditions que ces impôts soient acquittés en oeuvres d'art.
Cette faculté, appelée «dation en paiement», permet aux héritiers de régler tout ou partie de leur impôt en offrant à l'Etat des oeuvres d'art, des livres, des objets de collection ou des documents de haute valeur historique ou artistique. Un moyen pour l'Etat de conserver le patrimoine culturel sur le sol français. «L'intégralité du musée Picasso a été dotée par ce biais, précise Delphine Brochand, responsable des oeuvres d'art à l'UFG. En 2007, les particuliers ont ainsi acquitté pour 33 millions d'euros d'impôt en oeuvres d'art.»
Lorsqu'il souhaite payer son impôt par remise d'une oeuvre d'art, le particulier doit faire une offre au Trésor, comportant notamment la description et l'évaluation des biens qu'il propose en paiement. L'oeuvre est ensuite présentée à la commission d'agrément des dations, qui doit se prononcer sur la valeur de la pièce et sur l'intérêt que l'Etat pourrait avoir de l'acquérir. La décision est, enfin, notifiée au contribuable au terme de la procédure, qui peut prendre entre deux et trois ans. «Ce long délai permet au particulier de retarder le paiement des droits d'autant», souligne Delphine Brochand. En effet, pendant toute la période que dure l'étude du dossier, le paiement des droits est suspendu à hauteur du montant proposé par le particulier.

Revenir sur son choix à tout moment
Et si jamais l'offre est finalement refusée, aucun intérêt de retard n'est dû. Mieux, le particulier peut retirer son offre à tout moment sans contrainte. C'est à lui que revient la décision finale. Si la valeur de l'oeuvre n'est pas suffisante pour couvrir le montant de l'impôt à régler, l'intéressé devra payer le solde. En revanche, si l'estimation de la pièce excède le coût de l'impôt, l'Etat ne remboursera pas la différence.
Il peut également être judicieux d'investir dans des oeuvres d'art si l'on souhaite réduire les droits de succession de ses futurs héritiers. «Les meubles meublants, auxquels sont assimilées les oeuvres d'art destinées à la décoration ou à l'ameublement, doivent en principe être déclarés pour leur valeur de transaction en cas de vente publique dans les deux ans du décès ou, à défaut, conformément à l'estimation contenue dans un inventaire notarié, précise Delphine Brochand. Mais, à défaut, ils peuvent être évalués globalement à 5 % de l'ensemble du patrimoine du défunt.» Ainsi, si celui-ci laisse un patrimoine de 1 million d'euros, l'ensemble de ses meubles sera évalué à 50.000 euros, même s'il est composé d'oeuvres d'art d'une valeur nettement supérieure. Une façon de transmettre une partie non négligeable de sa fortune à coût réduit !

Enfin, les oeuvres d'art peuvent se transmettre de la main à la main en toute discrétion par le biais d'un don manuel. Ce cadeau peut même être totalement exonéré d'impôt s'il s'agit d'un présent d'usage, remis par exemple à l'occasion du mariage de ses enfants. Il faut toutefois que la valeur de l'oeuvre soit en rapport avec le patrimoine du donateur.

Marie-Antoinette s'invite au Grand-Palais à Paris
La figure de Marie-Antoinette a toujours fait l'objet d'interprétations multiples : l'« Autrichienne » avide de plaisirs dispendieux, « Victime » de la liturgie versaillaise, ou encore « Ecervelée » boulimique de macarons... Que sait-on cependant du personnage historique ? C'est l'ambition de l'exposition de cerner au plus près le destin d'exception d'une des dernières reines de France, de Schönbrunn à la Conciergerie.

idant à éclairer chacun des aspects de la personnalité de Marie-Antoinette, tant sur le plan de l'éducation que dans les domaines artistiques et politiques, plus de 300 oeuvres sont pour l'occasion rassemblées, provenant de toute l'Europe, dont un extraordinaire ensemble de peintures (Vigée Le Brun) de sculptures (Lemoyne, Boizot et Lecomte) et d'objets d'art (Carlin, Riesener, Weisweiler).
Née en 1755, Marie-Antoinette fut la dernière fille de Marie-Thérèse d'Autriche. Elle n'était pas destinée à régner. Les hasards de la politique européenne en décidèrent autrement. Cadette de quelques mois du futur Louis XVI, la petite archiduchesse épousa l'héritier de la couronne de France le 16 mai 1770. La fillette qui arriva à Versailles avait reçu une éducation soignée. Comme toutes ses soeurs, elle dessinait, jouait sur scène, chantait et dansait. Dans le véritable cocon que constitua la famille impériale, elle sut former son goût en prenant sa mère pour exemple. L'impératrice avait aimé les laques d'Orient, la porcelaine asiatique et française, les objets montés, les vases de pierres dures, et elle les avait à loisir disposés dans ses appartements.
 Versailles, la dauphine Marie-Antoinette fut adulée. On célébra sa beauté et sa vivacité. Devenue reine, l'intérêt porté à sa personne et à sa manière d'être s'en trouva encore renforcé. Chacun des événements marquant de sa vie fit l'objet d'une riche iconographie. Les représentations de la cérémonie du mariage, des fêtes qui l'accompagnèrent, et surtout des naissances et des réjouissances publiques qu'elles suscitèrent, soulignaient sa position à la cour et le rôle majeur qui lui était imparti, celui de donner un héritier au royaume.
usqu'au début de la Révolution, Louis XVI et ses ministres prirent soin d'écarter la reine de la politique. Aussi Marie-Antoinette s'imposa-t-elle avant tout en émulatrice des arts de son temps, à travers ses commandes.
eune, attentive aux modes et aux idées nouvelles, désirant rapidement échapper à l'étiquette de Versailles, elle créa souvent avec le soutien attentif de l'administration royale, parfois en marge de tout contrôle, un cadre de vie raffiné qui par certains aspects témoignait de son éducation autrichienne. Attentive à la modernité, elle sut aussi évoluer dans ses choix artistiques, tant dans le domaine des arts décoratifs, que dans celui de la musique ou de la mode, et ainsi, en première mécène du royaume, aider au développement d'un style que l'on associe aujourd'hui à son nom.
ar son besoin de liberté, son désir d'échapper à la cour au profit de cercles choisis, par son caractère dépensier qui nourrit le scandale de l'affaire du collier, Marie-Antoinette s'aliéna rapidement les esprits.
ace à une opinion publique toujours moins favorable, l'administration royale chercha à donner de la souveraine une image noble et protectrice en commandant de grandes effigies destinées à être montrées au public à l'occasion des Salons. Elle faisait alors sans doute écho aux préoccupations de la reine, toujours très attentive à sa propre image. Noyées par une production croissante de pamphlets et d'estampes satiriques, ces effigies ne furent pas comprises. L' « Autrichienne », recluse dans son « Petit Vienne », le Petit Trianon, devint la cause de tous les maux. Après le départ de Versailles pour Paris en octobre 1789, le couple royal ne parut pas comprendre le sens des événements. Peu enclin à modifier son rythme de vie, ballotté au gré des intérêts politiques, maladroit dans certaines tentatives de conciliation ou de fuite, il cristallisa les haines. L'exécution de Louis XVI imposa à Marie-Antoinette toujours plus de dignité. Les heures les plus sombres, jusqu'à l'échafaud, transformèrent la femme.
Le mythe était né.


Horloge comtoise
La tradition attribue à un certain Mayet, forgeron de son état, la naissance de l’industrie horlogère en Franche-Comté. L’histoire débute en 1660. Nous sommes dans les montagnes du Haut-Jura. Le gardien des Capucins de Saint-Claude, désireux de faire réparer l’horloge du couvent, se met en quête d’un artisan habile. L’homme trouve son salut à Morbier en la personne de Mayet. Celui-ci ne pouvant remettre le vieux mécanisme en bois en l’état, le reproduit à l’identique en fer. Le travail traditionnel de ce métal dans la région sera d’ailleurs l’un des atouts de la spécialité. Fort de ce succès, Mayet réalise sur le même principe d’autres mécanismes et écrit ainsi les premières pages de cette industrie franc-comtoise. Ces horloges, d’un modèle fort simple, à heure et à demie, dérivent des anciennes horloges monumentales à poids. Il faudra attendre les débuts du XVIIIe siècle et l’application de l’invention de Christiaan Huyghens en 1657 sur les qualités isochrones du pendule pour voir les comtoises adopter le système pendulaire. Produites de façon quasi industrielle au XIXe siècle, elles sont commercialisées à l’échelle nationale. La comtoise connaît alors un succès foudroyant et supplante toutes les autres horloges, normande en tête. Ses qualités ? Un prix de revient moins élevé et une plus grande autonomie. Le terme en vient même à désigner, abusivement d’ailleurs, toutes les horloges de parquet. Or, la comtoise ne fut pas toujours dotée d’une caisse. Les premiers modèles en sont même dépourvus. Elle fut d’abord cette fameuse "cage de fer", ce mécanisme qui s’exportait seul et se fixait directement au mur ou se posait sur une console.
On reconnaît les premières comtoises à cette fameuse cage de fer. Son mécanisme présente la caractéristique d’avoir des rouages placés l’un à côté de l’autre entre des piliers de fer. Le balancier est en chaîne d’arpenteur, pour faciliter le transport. Une seule aiguille anime le cadran, simple cercle de laiton ou d’étain appliqué sur une tôle noire qui présente gravées les heures et les minutes. De petits motifs pivotants dissimulent les trous de remontage. Le fronton en laiton découpé dessine déjà des feuillages stylisés, parfois même un petit coq perché au sommet. Vers 1730-1750, des modifications interviennent. Il n’est pas rare désormais de voir, sur des cartouches d’émail où s’inscrivent en noir les chiffres romains, puis sur des cadrans entièrement émaillés, courir deux aiguilles. Le balancier arrière se dote d’une lentille en laiton remplaçant le poids qui, jusque-là, ponctuait le mouvement. C’est d’ailleurs pour protéger l’ensemble du mécanisme que la caisse apparaît. Les gaines habillant alors la comtoise ne sont pas toutes de fabrication locale. Le mécanisme une fois exporté reçoit sur place une caisse provençale, bressane, normande, basque...

Le balancier ne cessera de prendre de l’ampleur. Pour apprécier son mouvement, l’artisan ménage, au cours du temps, sur la façade de la caisse, une petite ouverture appelée oculus. Plus la lentille du balancier prend de l’importance, plus la gaine s’élargit pour adopter, au XIXe siècle, cette forme violonée si caractéristique. Ce siècle marque une étape décisive, celle de l’industrialisation des procédés de fabrication et de l’accroissement de la production. C’est aussi la période de la grande décoration. On ne parle plus de fronton, mais de couronnement tant cette partie supérieure du cadran revêt de l’importance. Estampé, ce dernier adapte ses motifs aux époques et aux modes : soleil, blason, aigle... Après 1850, la technique du surmoulage se généralise. Le cadran se décline en verre peint puis en albâtre. La lentille, tout autant que le couronnement avec lequel elle rivalise, s’enrichit de saynètes, estampées, peintes, parfois même animées. Sur certains modèles, une image d’Épinal ou une chromolithographie fait office de décoration. La véritable caisse franc-comtoise, notamment fabriquée dans le petit village de Bois-d’Amont, est alors en sapin polychromé selon la technique de la peinture gravée de motifs végétaux ou de petites scènes.

Le marché
Des petits prix pour un grand succès ! Après les heures de gloire, l’horloge comtoise semble en effet, sauf pièces rares, boudée par les collectionneurs et subit de plein fouet la désaffection touchant actuellement le mobilier "rustique". L’horloge que l’on trouvait il y a encore vingt ans à 600 euros se négocie aujourd’hui autour de 1 500 euros. Un prix qui semble, selon certains professionnels, revenir à la hausse. D’une manière générale, il faut compter entre 100 et 1 500 euros pour acquérir un modèle classique, entre 1 600 et 4 500 euros pour un modèle plus perfectionné. Le mécanisme seul se négocie entre 100 et 150 euros, en état de 220 à 300 euros. Ces prix varient en fonction de sa conservation, de l’esthétique et des éventuelles "complications", entendez perfectionnements. Car si le mécanisme proprement dit de la comtoise n’évolue guère au cours des deux siècles de production, l’entre-deux-guerres marquant l’arrêt de la fabrication, des complications furent ajoutées par les artisans jurassiens. Certains mouvements sont agrémentés de sonneries multiples, d’un air de musique, des phases de la lune, des quantièmes ou d’un réveil. Ces complications influent sur le prix, autant que la décoration. L’esthétique de la caisse, le décor du cadran et de son fronton ainsi que celui du balancier deviennent des critères déterminants. Lorsque vous achetez une horloge, méfiez-vous des éventuels remontages, certains éléments pouvant avoir été intervertis. Prendre en compte, dans le prix de l’horloge, le coût d’une éventuelle restauration nécessaire au bon fonctionnement. À savoir également : les noms inscrits sur les cadrans ne sont pas ceux des fabricants mais ceux des horlogers revendeurs voire de clients.


Objets curieux : le style Forêt Noire
Des ours soutenant un banc ou s’appuyant sur un arbre dont les branches forment portemanteau... Ces meubles, au design délicieusement kitsch, passent généralement pour des créations artisanales de la Forêt-Noire. Cette région montagneuse de l’Allemagne occidentale, située face aux Vosges, constitue l’un des habitats naturels de l’ours. Il n’en fallait pas plus pour attribuer à cette région la paternité d’une production qui fait la part belle à cet animal. Pourtant, ces meubles et ces objets en bois sculpté proviennent de la région de Brienz, en Suisse. Le poète helvète, Heinrich Federer, les range d’ailleurs au rang de curiosités locales, au même titre que les cascades de Giessbach et les savoureuses anguilles grillées, autre spécialité régionale. Aucun touriste digne de ce nom ne pouvait, en ce XIXe siècle, quitter ces alpages sans emporter dans ses bagages l’un de ces bibelots.
Fabriqués en dilettante par les habitants de la région le soir au coin du feu, ils sont au XIXesiècle au centre d’un commerce lucratif. L’histoire débute avec la famine de 1817. Pour trouver d’autres sources de revenus, un certain Christian Fischer a l’idée de vendre sa production aux touristes.
12 000 €. Pendule en bois sculpté représentant un chasseur portant un mouton, seconde moitié du XIXe siècle, H. 94 cm.
11 000 €. Portemanteau en bois sculpté patiné, ours la gueule ouverte, seconde moitié du XIXe,
9 000 €. Portemanteau en bois sculpté orné de trois oursons et d’une glace, la mère faisant porte-parapluie
7 200 €. Portemanteau en bois sculpté avec ours et ourson, H. 214 cm.
4 800 €. Portemanteau en forme d’ours en bois sculpté, H.194 cm.
1 750 €. Porte-parapluie aux ours en bois sculpté, 91 x 53 x 33 cm.
560 €. Boîte en bois en forme d’ours levant la patte, H. 24 cm.
100 €. Ours formant sonnette
À la belle saison, le pays attire en effet de nombreux visiteurs anglais, fidèles sujets de sa majesté qui suivent les traces de la reine Victoria, venue dans la région en 1868. Son attachement pour cette contrée la conduisit à faire construire, dans sa propriété d’Osborne house, un chalet décoré de meubles et de bibelots suisses. Suivant son exemple, les aristocrates anglais en villégiature à Brienz, Luzern ou Interlaken, stations alors à la mode, achètent quantité d’objets décoratifs en forme de chalet, d’ours, de cerf ou de chouette. L’idée de Fischer fera des émules et de nombreux ateliers exploiteront ce filon. L’un des plus importants, celui de la famille Binder, comptera ainsi une centaine de sculpteurs.
Le fils, Carl Louis, passera par l’atelier parisien de Rodin. De retour à Brienz, il partagera ses expériences avec les autres artisans. La petite ville se dotera de sa propre école de sculpture en 1862. Chaque apprenti sculpteur, recruté entre 16 et 30 ans au plus, doit être capable de réaliser le dessin de son sujet. De nombreuses épreuves ont pu être conservées, témoignant des qualités artistiques de ces élèves. Pour se perfectionner, il est d’usage de se rendre au parc de la ville où l’on croise, dans un habitat naturel, quantité d’espèces animales, des ours bien sûr, mais aussi des chamois, des chouettes... Comme les grands sculpteurs animaliers parisiens dont les visites à la ménagerie du Jardin des plantes sont bien connues, Barye en tête, nos Suisses se rendent au parc étudier sur le vif les sujets de leurs prochaines sculptures. Bibelots et petits meubles, réalisés dans du bois tendre comme le tilleul, s’inspirent ainsi de la faune et de la flore locale. La production se décline à travers une grande variété : boîtes à musique, tables à fumeurs, porte-parapluies, portemanteaux, serre-livres, pendules et sculptures miniatures ou monumentales ; toute pièce de 5 centimètres à 2 mètres... Il existait même des ensembles de mobilier complet avec table, chaise, buffet ou armoire. Présentées lors des expositions internationales, cet artisanat rencontre un réel engouement, notamment auprès du public américain. La Première Guerre mondiale mettra un frein à cette production, la baisse de la fréquentation touristique réduisant le nombre d’acheteurs potentiels. Les sculpteurs se tournèrent alors vers la réalisation de prothèses en bois, en plein essor !
Aujourd’hui, les amateurs n’ont guère changé et les collectionneurs recherchent toujours ces objets pour décorer leurs chalets ou leurs propriétés. Toutefois, à l’abondance de la période faste des années 1880 à 1910, succède une certaine pénurie. Les pièces se font rares, particulièrement celles de belle qualité. Seuls les catalogues de ventes et les brochures d’époque attestent encore de la richesse de cette production. Liée à l’industrie touristique, elle s’adaptait en choisissant ses sujets en fonction de la demande. Les aigles étaient plutôt destinés aux clients américains et les éléphants aux indiens. La veine humoristique – le thème des ours mimant des attitudes humaines – plaisait à un plus large public. Certains artisans ont même leur spécialité : Johann Stähli se consacrera aux ours alors que son frère Alfred privilégiera les aigles... Ils seront toutefois peu nombreux à signer leurs œuvres. Les pièces anciennes, celles réalisées avant 1930, demeurent quasi introuvables. En revanche, il reste possible pour l’amateur d’objets de curiosité de croiser en ventes publiques des créations typiquement Forêt-Noire, lors des vacations à thème cynégétique et, de-ci de-là, dans les vacations classiques. En mars 2004, la société David Kahn avait innové en organisant une vente sur ce thème. Elle ne comptait pas moins d’une centaine de lots. Pour le propriétaire du Bon Usage, galerie parisienne spécialisée dans ce domaine, la marchandise fait aujourd’hui cruellement défaut. Aussi, les plus beaux morceaux peuvent-ils aisément atteindre 14 000 €. L’ancienneté, la qualité de la sculpture et la taille – plus c’est grand, plus c’est cher – influent sur la valeur. Autre critère déterminant, l’expression. On reconnaît une belle pièce à son côté vivant ou naturel... L’adjonction d’yeux en sulfure donne un regard plus réaliste à la bête et constitue généralement un signe de qualité. Cette expressivité permet souvent de distinguer ces pièces de leurs copies asiatiques qui apparaissent sur le marché. Un bon moyen de les reconnaître : les soupeser. Réalisées dans un bois dur, ces copies pèsent plus lourd. Le soin apporté au détail, notamment aux fourrures, vaut enfin pour signature.


Objets d'art ou l'utilité de faire appel à un expert capable d'approfondir ses recherches.

Trouver une fortune dans son grenier, c'est un vieux rêve de gamin. Antoine de Chavagnac a cru le vivre en 1987 quand il a mis la main sur une statuette en bronze qu'il pensait de grande valeur. Mais le rêve s'est vite mué en cauchemar lorsque Chavagnac a présenté sa « pépite » à un commissaire-priseur. Ce dernier a estimé sa valeur à... 30 euros. Déçu, le propriétaire l'a fourguée à un brocanteur pour 700 euros. L'histoire aurait pu s'arrêter là si ce dernier n'avait pas revendu la statuette au musée du Louvre pour la bagatelle de 490 000 euros. L'expertise avait établi qu'elle datait en fait du XVIe siècle, et non du XIXe. En 1998, le commissaire-priseur et son expert ont été condamnés à 45 000 euros de dommages et intérêts.
Des erreurs d'évaluation flagrantes, Me Geoffroy Gaultier, avocat et membre de l'association Art et droit, en plaide souvent. Et de citer l'exemple d'un manteau de fourrure qu'un commissaire-priseur avait évalué au prix du vison alors qu'il était en rat d'Amérique.
« Un commissaire-priseur qui a commis une erreur doit réparer le préjudice causé, car sa responsabilité est engagée », explique-t-il. Le client mal conseillé peut demander l'annulation de la vente dans les dix ans qui suivent la date d'estimation. Contrainte de taille : il faut prouver une faute réelle du professionnel. Dans la pratique, les cas de sanction à l'encontre d'un commissaire-priseur sont rarissimes. Selon Denis Talon, avocat spécialisé en responsabilité civile, les procès pour erreur d'estimation représentent moins de 200 dossiers sur 40 000 affaires importantes de droit civil traitées chaque année à Paris.
Moralité : il est nécessaire de faire appel à des experts sérieux prêts à approfondir l'expertise jusqu'à certitude de l'authenticité ou non d'un objet. Une précaution donc : à un artiste correspond souvent un expert attitré.

Exposition Vlaminck au Musée du Luxembourg- Mardi 11 mars 2008
L’exposition rassemble des œuvres de 1900 à 1915, c’est-à-dire depuis les premières peintures de jeunesse que nous connaissions (les réalisations antérieures, peintes dès l’âge de 17 ans, ont disparu) et qui affirment déjà la violence d’une expression caractéristique du peintre, jusqu’à celles réalisées au début de la Première guerre, témoignant des recherches de restitution de l’espace qui l’animaient alors.
Un regard d’ensemble sur la production de Vlaminck à cette époque met en évidence la part essentielle qu’il prit au renouvellement de la peinture initié au début du siècle, l’inventivité des recherches qu’il mena avec Derain et qui firent de Chatou l’un des foyers les plus actifs de ce renouveau.
Dans cette période de grandes remises en question et de bouleversements esthétiques, l’œuvre de Vlaminck est à considérer à la fois à travers sa relation à la génération post-impressionniste qui l’a précédé (Van Gogh, Gauguin, les Nabis, Cézanne, Signac), et sa formidable audace qui le conduisit vers une gestualité expressive, une outrance de la couleur et une déformation sélective n’ayant craint aucun débordement : « Je haussais tous les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles. J’étais un barbare tendre et plein de violence » (Tournant dangereux, 1929).

Jean FAUTRIER - Autoportrait , Mardi 4 mars 2008
L’autoportrait relève pour l’artiste autant d’une recherche de connaissance de soi que d’une reconnaissance artistique et sociale. Certains, tel Dürer, Rembrandt ou Van Gogh, ont sans cesse interrogé leur propre image. D’autres beaucoup moins, comme Jean Fautrier. Seulement deux autoportraits de lui sont connus, celui de la collection Jean-Paul Ledeur, prochainement mis en vente, et celui daté 1921 et accroché à la Colombe d’or, à Saint-Paul-de-Vence. Cet Autoportrait au fond vert date des années 1916-1917. Il a figuré dans de nombreuses expositions, notamment celle célébrant le 100e anniversaire de la Biennale de Venise, intitulée «Identité et altérité, figure du corps, 1895-1995». La question de l’identité, justement, est au centre de la pratique de l’autoportrait. Mais quelle identité ? Si elle n’apportait pas de réponse, l’exposition «Moi ! autoportraits du XXe siècle» (2004, musée du Luxembourg), dans laquelle figurait notre tableau, offrait une multitude de pistes. Le sculpteur Henry Moore, par exemple, ne représente que ses mains – indispensable outil de son art. Le thème de la métamorphose, quant à lui, chez Van Dongen, révèle autant qu’il voile. Le peintre, déguisé pour un bal masqué, en dit moins sur lui-même qu’un André Masson qui, lui, se voit en Éphémère. Certains artistes ont choisi de tourner le dos à la figuration et passent par la photographie, comme Hartung ; d’autres retournent à la représentation, à l’image de Mondrian se peignant devant l’une de ses toiles à la géométrie rigoureuse. Malevitch, en 1933, se portraiture en prince de la Renaissance. Sa signature se résume alors à un énigmatique carré noir sur fond blanc !
Et puis, que veut nous dire Jean Fautrier, tout juste âgé de dix-huit ans ? En plein traumatisme mondial, loin de l’agitation dadaïste qui fait trembler un certain cabaret zurichois et loin des avant-gardes russes, alors versées dans des recherches aux accents constructivistes, il se représente un peu à la manière des grands maîtres classiques. Au moment où il peint son portrait, il est encore loin des chairs souffrantes de la série des Otages, peinte aux dernières heures de la Seconde Guerre mondiale. Dans notre tableau, Fautrier n’a pas recours aux artifices du métier pour affirmer son identité : elle s’expose d’elle-même. La présence de la fenêtre, en arrière-plan, aux rideaux laissant filtrer la lumière, pourrait être la métaphore d’un art en devenir. Si, pour l’instant, l’artiste lui tourne le dos, il ne tardera pas à lui faire face, tout autant d’ailleurs qu’à la réalité de son époque. Mobilisé en 1917, Jean Fautrier est gazé et réformé. Il s’oriente dès lors vers le réalisme social caractéristique de sa première période. Une manière empreinte d’une certaine brutalité, sensible - déjà - dans ce regard sans concession.


Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art , Mercredi 13 février 2008

Dans le code civil, les objets d'art, d'antiquité et de collection sont considérés comme des meubles par nature, c'est-à dire des biens corporels pouvant être transportés d'un lieu à un autre. Mais ile peuvent être immeubles pas destination c'est-àdire attachés à perpétuelle demeure à un bien immobilier. C'est le cas lorsqu'ils sont scellés et ne peuvent être détachés, telles les glaces d'un appartement faisant corps avec la boiserie...
Sont considérés comme oeuvres d'art : les tableaux, collages, peintures, dessins, entièrement exécutés par l'artiste, à l'exclusion des dessins topographiques, industriels...Les gravures, estampes ou lithographies originales à tirage limité en noir ou en couleurs, d'une ou plusieurs planches exécutées à la main par l'artiste, quelle que soit la technique ou la manière employée, à l'exception de tout procédé mécanique ou photomécanique; les productions originales de l'art statuaire ou de la sculpture de toutes matières, dès lors qu'elles sont entièrement exécutées par l'artiste; les fontes et sculptures à tirage limité à huit exemplaires et contrôlés par l'artiste et ses ayants-droit, à l'exclusion des productions de bijouterie, d'orfèvrerie et de joaillerie; les tapisseries et textiles muraux faits à la main, à partir des cartons origninaux fournis par l'artiste, à condition qu'il n'existe pas plus de huit exemplaires de chacun; les exemplaires uniques de céramique, entièrement exécutés par l'artiste, et signés par lui; les émaux sur cuivre exécutés à la main, dans la limite de huit exemplaires numérotés et comportant la signature de l'artiste, ou de l'atelier d'art; les photographies prises par l'artiste, tirées par lui et sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus.


L'expertise des oeuvres d'art - Mardi 5 février 2008

Il est souvent difficile pour un particulier d'évaluer son patrimoine artistique. L'intervention d'un expert généraliste puis spécialiste si nécessaire, peut s'avérer indispensable.
L'expert généraliste peut intervenir dans de nombreux domaines tel pour établir un inventaire et estimer le contenu d'une maison. Il pourra également délivrer des certificats d'authenticité pour des biens  courants.
L'expert spécialiste maîtrise un secteur très précis du marché de l'art, exerçant sa compétence sur l'oeuvre d'un artiste, ou un type de meubles par exemple.
Lexpert peut réaliser plusieurs types de prestations :
L'inventaire : liste qui établit les biens appartenant ou ayant appartenue à une personne dans un cadre d'assurance ou de succession.
L'authentification : Si nécessaire, l'expert peut recourir à un spécialiste dans le domaine
L'estimation : donner une valeur à un bien correspondant à la valeur actuelle sur le marché de l'art.


La valeur de la peinture impressionniste - 29 janvier 2008

Dénigrés aux premières heures, les peintres impressionnistes français ont une notoriété inégalée aujourd’hui. Influencés par les découvertes scientifiques de leur temps, notamment par loi du contraste simultané des couleurs énoncée par Eugène Chevreul, ils juxtaposent leurs couleurs en touches libres, ouvrant la voie à l’art abstrait.
L'envol de la cote des artistes impressionnistes français fut emblématique de la bulle spéculative de la fin des années 1980'. Après avoir dépassé le cap des 70 millions de dollars grâce à Auguste Renoir le 17 mai 1990, elle n'a cessé de chuter durant 3 ans. Ce mouvement afficha un effondrement des prix de près de 60% sur 36 mois. Il aura fallu attendre ensuite 10 ans pour que s'amorce une reprise sur ce secteur. Soutenue par un marché anglo-saxon des plus dynamique, la cote de l'impressionnisme français est désormais supérieure de 6% au delà du niveau de 1989 et à new-york les toiles proposées durant les prestigieuses ventes du soir "Impressionist and modern art" s'arrachent toutes au-delà du million de dollar.
Les sommets atteints par les oeuvres de Monet nous feraient presque oublier l’accueil très mitigé que reçurent ses œuvres en 1874, lors de la première exposition de toiles impressionnistes à Paris. Il présentait Impression, soleil levant (1872-73), œuvre désormais emblématique qui nomma le mouvement. Suivi de son vivant par le marchand d'art Paul Durand-Ruel sa cote fut soutenue rapidement. A l'aube du XXème, tout comme Renoir et Pissarro, certaines de ses toiles partaient pour plus 10 000 francs dès 1900. La Seine à Asnières, une toile de 1873 a été négociée 11 500 francs en 1899 (équivalents à 39 700 euros d'aujourd'hui) à Drouot au cours de la vente Victor Desfossés. Un siècle plus tard, en juin 1899, cette même toile était proposée chez Sotheby's London avec une fourchette d'estimation de 800 000 - 1 000 000 £. Sur les vingt dernières années, Monet cumule 262 adjudications au-delà du million de dollars, dont 23 résultats à plus de 10 millions de dollars ! Un nouveau record a été signé en juin 2007 chez Sotheby's avec des Nymphéas adjugés 16,5 millions de livres sterling (près de 32,7 millions de dollars).
La cote de Monet se porte bien, si bien que ses oeuvres s’arrachent dans les ventes anglo-saxonnes et que l’on ne trouve pas de pièce maîtresse sur les autres places de marché. Les rares toiles quelques peu spectaculaires soumises en France ne décrochent pas plus de 5 millions d’euros. Récemment, la toile Iris jaunes, une œuvre tardive (1924-1925) issue de la collection Alice Tériade, fut dispersée par Arcurial Paris en octobre 2007 pour 2,8 millions d’euros, soit 4 millions de dollars.
Monet ne détient pas la plus forte enchère du mouvement. Auguste Renoir caracole en tête avec Au Moulin de la Galette adjugée 71 millions de dollars au pic de la bulle spéculative de 1990. Après l’effondrement du marché au début des années 1990 et la reprise de confiance progressive, Renoir est de nouveau l’objet d’allers retours rapides aux enchères. Sa toile Femmes dans un jardin, par exemple, fut proposée aux enchères à quatre reprises depuis 1993, dont deux entre 2006 et 2007. En juin 2006, l’œuvre partit pour 4,4 millions de livres sterling, soit 8,1 millions de dollars chez Sotheby’s Londres pour être remise en ventes à New-York en novembre 2007 ou elle décrocha 10,9 millions de dollars. Plus spectaculaire encore, l’aller retour juteux réalisé par la superbe Nature morte aux fruits et pot de gingembre de Paul Cezanne : adjugée l’équivalent de 16,4 millions de dollars en juin 2000 (11 millions de livres sterling, Christie’s), elle fit tomber le marteau à près de 33 millions de dollars six ans plus tard (Sotheby's NY, nov. 2006) ! Le record d’Edouard Manet illustre encore la bonne santé du marché. Il fut signé en mai 2004 pour Les courses au Bois de Boulogne, une œuvre très dynamique provenant de la collection Whitney emportée pour 23,5 millions de dollars (Sotheby’s NY). Ce coup de marteau spectaculaire a détrôné La rue Mosnier aux drapeaux, 1878 qui planta une enchère équivalente à 22 millions de dollars en pleine frénésie spéculative des ventes new-yorkaises de 1989 (Christie’s). Manet a réalisé quelques 400 peintures qui représentent seulement 4% de la production vendue aux enchères. Le marché est surtout alimenté par des estampes (91% du volume de transactions) abordables pour moins de 5 000 euros. Quelques épreuves très fraîches sur chine appliqué grimpent cependant à plus de 10 000 dollars, notamment les portraits de Berthe Morisot, et certaines feuilles partent à plus de 50 000 dollars ! Ce fut le cas en octobre 2004 pour un sujet fétiche de l’artiste, Les courses, qui décrocha 80 000 dollars chez Sotheby’s NY.
Le marché propose régulièrement des feuilles, dessins ou estampes, d’Auguste Renoir, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Armand Guillaumin, de nombreux pastels de Degas et quelques photographies.
Les petites esquisses et études peu abouties se vendent encore difficilement. Nombre de feuilles au crayon noir ou au fusain, endommagées ou inachevées ne trouvent pas preneur malgré la prestigieuse signature. Ainsi, Le repos des paysannes/Les labours, un dessin au crayon de Camille Pissarro sur un papier jauni a été vainement présenté aux enchères cette année pour 12 000 – 15 000 euros, puis pour 8 000 – 9 000 euros. En août 2007, un Portrait de Madame Guillaumin, réalisé au fusain par Armand Guillaumin et proposé pour tout juste 2 000 - 3 000 euros est resté invendu. Par contre, leur travail sur papier est tout de suite valorisé dès qu'apparaît la couleur... Du même artiste, "Madame Guillaumin et son fils André" un pastel de 1899 estimé 15 000 - 20 000 $, est parti pour 26 000 $ en mai dernier. Un lumineux paysage au pastel d'Alfred Sisley, intitulé "Bords de Seine à Saint Mammès", présenté chez Christie's London pour 25 000 - 35 000 £ s'est arraché 75 000 £ (108 000 €) en 2003.
Les danseuses et femmes à la toilette au pastel de Degas décrochent aisément plus de 200 000 dollars et parfois plus d’un million de dollars : une Femme à sa toilette fut par exemple emportée 1,5 millions de livres sterling en juin 2007 chez Christie’s Londres (près de 3 millions de dollars). En revanche, des sujets simplement esquissés au fusain sont abordables pour moins de 20 000 dollars. Degas est le seul impressionniste à avoir réellement exploité la photographie. Ses clichés sont rares et prisés, à tel point que certains sont plus chers que des dessins : en juillet 2004 Beaussant-Lefèvre présenta cinq épreuves à Paris, dont l’une quintupla son estimation pour une enchère finale de 170 000 euros !


Peinture bretonne : un marché intéressant

L’actualité cette année n’a de cesse de célébrer la Bretagne à travers ses peintres. À Vannes, Quimper, Pont-Aven, Concarneau et Le Faouët, nombreuses ont été les expositions qui l’ont choisie pour thème, jusqu’à Paris qui accueille actuellement au Grand Palais la rétrospective Paul Gauguin, fondateur de l’école de Pont-Aven. Les ventes publiques à leur manière aussi participent à la fête. Un Feu de joie de Gauguin adjugé 218 500 €, les Régates à Concarneau de Maurice Denis 66 000 euros, confirment la ferveur du public pour les artistes qui ont fait de la Bretagne le laboratoire de la peinture moderne. Ces ventes passées et celles à venir, comme la dispersion à Quimper le 29 novembre et à Brest, le 21 décembre d’un ensemble de peintures bretonnes, témoignent de l’engouement du marché de l’art pour ces écoles.
Avant l’arrivée de Paul Gauguin en 1886, la Bretagne est déjà le sujet et le point de ralliement de nombreux peintres français et étrangers. Cette contrée qui passe alors pour une terre sauvage et retirée, à la fois exotique et mystique, attire une pléiade d’artistes en quête de nouveaux sujets. Costumes et coutumes, patrimoine et paysage, celtomanie et chouannerie bretonne fournissent à la peinture ces thèmes de renouveau. La littérature de l’époque, celle de Chateaubriand surtout, contribue à l’image d’une "région solitaire, triste, orageuse, enveloppée de brouillards", une contrée qui, avec ses paysages côtiers, sa mer démontée, exalte le sentiment romantique. La Bretagne séduit par son « primitivisme », ses paysages insolites, sa religiosité. Elle apparaît au regard des visiteurs comme une sorte de photographie des temps passés, un lieu préservé. Elle renouvelle le sacro saint modèle gréco-romain. En se substituant un temps aux figures de l’histoire antique, les Bretons deviennent les nouveaux héros. Pas une exposition, constate un critique de L’Illustration en juin 1865, où "l’on n’aperçoive leurs vestes, leurs braies celtiques et leurs longs cheveux retombant d’un chapeau bossué".
Les Bretons au salon
Le sujet se vend bien. Au Salon des artistes français, la "bretonnerie" trouve sa place aux cimaises de cette institution annuelle permettant aux artistes de se faire connaître. Les modes et les goûts dictés par son jury trouvent dans le sujet breton un vaste champ d’expression qui s’adapte aux tendances stylistiques du siècle. Il est tour à tour traité dans une veine intimiste en petite scène de genre réaliste à la manière d’Eugène Leroux, dans une veine académique où il exalte le beau à la manière de William Bouguereau. Les Pêcheuses d’huîtres d’Auguste Feyen-Perrin apparaissent dès lors grandes et belles comme des élégantes, héritières des nymphes antiques. Le sujet s’essaie au genre historique, grand format. Il puise ses thèmes dans la période révolutionnaire et chez les chouans, l’époque médiévale suscitant pour sa part moins d’engouement. Ces tableaux donnent une image de la Bretagne souvent édulcorée, faussée, idéalisée. Les peintres choisissent ce qui plaît alors au public : l’idée de cohésion sociale, de piété, du sens de l’effort, le tout traduit avec les artifices de la grande peinture académique ; on est loin de la réalité... Plus novateurs, certains artistes dans la lignée de Courbet et de son Enterrement à Ornans abordent le thème avec plus de justesse sans idéalisation. Les paysagistes sont peut-être ceux qui sont restés les plus fidèles à ce pays, cherchant à en saisir les moindres effets, les moindres variations. Les plus grands noms du genre ont peint la Bretagne. Eugène Boudin qui choisit de présenter pour son premier Salon parisien en 1859, Le Pardon de Saint-Anne-la-Palud au fond de la baie de Douarnenez, y réside chaque année dès 1865 ; Corot y séjourne à la belle saison. Les noms de leurs émules ou suiveurs, connus et moins connus, sont légions : Jules Noël, Camille Bernier ou Louis Germain Pelouse... Certains ont choisi de ne peindre qu’une seule région comme Édouard Bournichon pour Nantes et Élodie La Villette pour Lorient.

Cornouaille terre de la modernité
L’originalité des artistes réunis à Pont-Aven autour de Paul Gauguin ne réside assurément pas dans le choix du lieu. Émile Bernard, Paul Sérusier, Émile Schuffenecker et les autres ne font alors que suivre leurs aînés venus en Bretagne et plus particulièrement en Cornouaille au début du siècle. En 1865, lorsque le peintre Robert Wylie de Philadelphie arrive à Pont-Aven, petit bourg de la côte à l’est de Concarneau, la colonie compte déjà une cinquantaine de membres. Leur nombre ne cessera d’augmenter. En 1883, la municipalité se voit dans l’obligation d’interdire les débits de boisson après 22 h tant la joyeuse colonie mène grand bruit ! Sa réputation, le gîte et le couvert bon marché, pousse Gauguin en difficulté financière à s’y installer. L’auberge Gloanec devient son quartier général. Comme ses devanciers, il trouve en Bretagne "le sauvage et le primitif". Mais Gauguin et ses émules sauront en tirer un tout autre parti. Les paysages bretons et leurs populations deviennent prétextes à de nouvelles recherches plastiques. Réuni par le même refus de l’art officiel et de ses fadeurs académiques, le groupe, formé autour du maître par Laval, Moret, Chamaillard et bientôt Anquetin, Aurier et Meyer de Han, s’oriente sur une autre voie. Lassé des solutions impressionnistes, il propose un langage fondé sur la synthèse : un art où la couleur est pure, le motif réduit à l’essentiel, les formes simplifiées, cernées d’un trait. Le manifeste de ce nouveau langage synthétique, le Talisman, témoigne de l’esprit de Pont-Aven. Il influencera le groupe des Nabis et tout un pan de la peinture moderne. Au café Volpini, dans le cadre de l’Exposition universelle de 1889, les Parisiens découvrent une Bretagne originale, peinte en larges aplats de couleurs vives, une Bretagne teintée de modernité. Le succès est tel que, de retour en Cornouaille, Gauguin et Sérusier fuient vers Le Pouldu, village voisin où désormais, ils résident à la pension de Marie Henry. Là, le petit groupe reconstitué poursuit son activité malgré le départ de Gauguin en 1894. Grâce au développement du chemin de fer, d’autres lieux s’ouvrent aux peintres. À Concarneau, un groupe formé par Deyrolle, Guillou, Barnoin et Legout-Gérard tentera à sa manière de reproduire le mythe de l’école de Pont-Aven.
L’engouement pour les écoles bretonnes et les artistes qui ont peint la Bretagne est bien réel, la demande constante. Les oeuvres sont recherchées par une clientèle à la fois régionale, nationale et même internationale. L’école de Pont-Aven suscite un attrait particulier. Ses oeuvres atteignent des prix élevés ainsi, le 12 mai 2002, La Moisson du blé noir de Paul Sérusier a été adjugé, 540 000 € . Les tableaux de Jourdan, Maufra, Moret ou Loiseau atteignent aisément les 30 500 €-50 000 €. Le groupe de Concarneau est également convoité, entre 3 000 € et 15 000 € pour des tableaux de ses principaux représentants : Barnoin, Legout-Gérard, Deyrolle et Guilloux. Vient ensuite une pléiade d’artistes dont la cote de sympathie est stable voire en hausse et dont les prix oscillent autour des 5 000 € : Meheut, Lemordant, Midy, Simon, de Belay, Le Scouezec, Beaufrère, ou Rivière. En un mot le régionalisme se porte bien en ventes publiques !

Art contemporain : les cotes restent stables
Les acteurs du marché de l’art eurent quelques frayeurs à l’idée d’un tassement du marché après les résultats mitigés des vacations new-yorkaises d’art impressionniste et moderne les 6 et 7 novembre. La semaine suivante, les belles enchères décrochées dans le secteur de l’art contemporain prouvent que le marché reste fort.
Le 13 novembre, les 325 millions dégagés en 67 coups de marteau lors de la vente d’art contemporain de Christie’s donnèrent le ton : le marché frappe fort et l’art contemporain est toujours au plus haut.
Après la morosité de la vente Impressionniste et moderne de Sotheby’s le 7 novembre dernier, leur vente d’art contemporain du 14 novembre a coupé court aux bruits d’essoufflement du marché de l’art. Sotheby’s réalisa lors de cette soirée sa plus belle vente en dégageant 315,9 millions de dollars contre 298.7 millions attendus pour sa vacation d’art contemporain, un sommet jalonné par une pluie de records.
Les plus fortes enchères de ces deux jours furent signées pour Untitled (Red Blue Orange) de Mark ROTHKO à 30,5 millions de dollars chez Christie’s et pour Second version of study for bullfight N°1 (1969) de Francis BACON vendu 41 millions de dollars chez Sotheby’s, un résultat qui flirte avec les 47 millions de dollars déboursés en mai dernier chez le même auctioneer pour Study from Innocent X .
Parmi les œuvres les plus attendues, les deux auctioneers se faisaient concurrence en proposant chacun une œuvre monumentale de la série Celebration de Jeff KOONS. La première, intitulée Blue Diamond trouva preneur pour 10,5 millions de dollars (le 13 novembre)… un record pour l’artiste qui ne fut d’actualité que quelques heures puisque Hanging Heart, attendu chez Sotheby’s entre 15 millions et 20 millions de dollars, doublait le sommet du diamant bleu pour culminer à 21 millions de dollars ! Koons, en 56éme position des artistes contemporains classés par produit des ventes pour l’année 2006 (source Artprice) affiche une remontée spectaculaire : l’année dernière, il dégageait 16,9 millions de dollars… chiffre dépassé cette année en un seul coup de marteau. Désormais, Koons est l'artiste vivant le plus cher!
Autre star du secteur contemporain, Andy WARHOL, fort d’un indice des prix en progression de +440% sur 10 ans, déchaîne toujours les passions. Christie’s vendait notamment, le 13 novembre, Muhammad Ali , pour 8.2 millions de dollars, loin devant son estimation optimiste de 3 millions de dollars. Son Elvis 2 Times, attendu entre 15 millions et 20 millions de dollars trouva preneur pour 14 millions, tandis que son portrait d’Elizabeth Taylor, Liz (1963), annoncé en couverture de catalogue, parti pour 21 millions de dollars (Christie’s)… un résultat certes en-deça de sa fourchette d’estimation (25 – 35 millions de dollars), mais loin devant les 3,25 millions de dollars que l’œuvre décrocha chez Sotheby’s NY il y a tout juste 6 ans !
Le 14 novembre, le plus beau score de Warhol fut signé par un autoportrait de la série des camouflages qui partit pour 12 millions de dollars (Sotheby’s)… En 48 heures, le roi du Pop art affichait 14 enchères millionnaires de plus à son actif (en dollars) !
Autre point fort de ces vacations : le marché des artistes chinois confirme sa bonne santé et enregistre de nouveaux records. Chaque maison de vente vendait une toile de Xiaogang ZHANG et une autre de Fanzhi ZENG. Un nouveau record fut enregistré pour Zhang Xiaogang chez Christie’s à 3,5 millions de dollars pour Bloodline Series: Mother With Three Sons (The Family Portrait)… Puis vint Family Portrait adjugée 4,4 millions de dollars chez Sotheby’s, déclassant d’un million de dollars le record annoncé la veille. Sotheby’s enregistrait deux autres sommets dans le secteur : l’un pour Lijun FANG qui quadrupla son estimation pour une enchère gagnante à 3,6 millions de dollars et l’autre pour Pei-Ming YAN, dont le Mao aux larges coups de brosse trouva amateur à 1,4 millions de dollars.
Si l’art occidental, malgré de bons scores, n’atteint pas toujours ses objectifs en terme de prix de vente, la flambée les prix se poursuit sur le marché chinois, vacation après vacation.

Certains chefs d'oeuvres peuvent être encore découverts !
A Assise, dans l’imposante basilique Sainte-Marie-des-Anges (Santa Maria degli Angeli), une nouvelle oeuvre jusqu'à lors inconnue a été découverte dans une des chapelles. En effet, lors des travaux de restauration de la chapelle de la Portioncule (La Porziuncola), les restaurateurs, Lolanda Tizi et Bernardino Sperandio, ont mis à jour une fresque représentant une Crucifixion.
Cette oeuvre serait de Pietro Vannucci dit Il Perugino, le Pérugin et elle aurait été peinte en 1486. La Portioncule est cette étrange petite chapelle, déjà en place au VIème siècle, où en 1208, Saint François fonda son ordre. La basilique sainte Marie des Anges a été construite sur son emplacement au XVIème siècle.
Des archives attestent de la venue à Assise du Pérugin en Août 1486. Il apparaît d’ores et déjà que la forme de la fresque a été modifiée, elle n’aurait pas à l’origine cette apparence triangulaire visible aujourd’hui..
Le Pérugin était un peintre ombrien, élève de Verrochio. Il travailla à Pérouse et à Rome aux fresques de la Sixtine. Il décora la Salle du Change à Pérouse avec le jeune Raphaël, son élève. On le retrouve ensuite à Mantoue au service d’Isabelle d’Este. Il eut beaucoup d’élèves et son style fut fréquemment copié. Il est donc difficile d’affirmer avec certitude qu’il s’agit d’une nouvelle œuvre du Pérugin.
Comme son surnom l’indique, Pietro Vannuci naquit en Perugia à Città della Pieve vers 1445, il mourut en 1523 à Fontignano.


Le bijou, un marché difficile à cerner !
S’agissant du marché des bijoux, il en va un peu comme de la fameuse bouteille : moitié vide ou moitié pleine, selon qui en juge. Les salles de vente se nourrissent autant d’objets que de légendes. L’une d’elles, tenace comme elles le sont souvent, voudrait que le marché français des bijoux – lequel enregistre pourtant des enchères, si l’on peut dire... éclatantes – soit moribond, victime d’une réglementation fiscale dissuasive. Ne nous leurrons pas, le problème existe, bien réel. Sur ce segment du marché plus qu’ailleurs, l’arbre (entendez l’obtention d’un prix remarquable) cache trop souvent la forêt (comprenez celle des difficultés). La situation que connaît ce secteur en France tient essentiellement au point évoqué et, par-delà, aux valeurs immatérielles attachées au bijou et à l’ambiguïté tenant à son appellation. Explication : accessoire du costume, aussi vieux ou presque que l’humanité, le bijou accompagne dans leur histoire toutes les civilisations, des plus primitives aux plus évoluées. Il y est toujours revêtu de significations sensiblement identiques, puissance et appartenance (religieuse, sociale...). En outre, la préciosité des matières qui le composent en fait un bien durable, souvent transmis d’une génération à l’autre avec toute la charge affective induite par une telle passation. Le bijou apparaît donc comme un bien «pas tout à fait comme les autres». S’ajoute à cela une sorte de malentendu, le terme même de bijou recouvrant des réalités très différentes, du simple anneau d’or au plus précieux des joyaux. Enfin, et ici blesse le bât, une même fiscalité s’applique à tout bijou, quelle qu’en soit la valeur. De ce point de vue, en France, l’entrave majeure au développement de ce marché tient à l’ISF dans l’assiette duquel entrent tous les bijoux (pierres et métaux précieux inclus). L’État a ainsi «oublié» qu’aux yeux de leurs propriétaires l’intérêt de tels objets ne se limitait pas à leur simple valeur vénale. Ceux-ci ont donc vu une sorte de viol dans l’obligation de déclaration qui leur était faite, moins d’ailleurs pour la somme supplémentaire d’impôt dont ils seraient redevables que pour l’intrusion dans leur vie privée. La parade aux appétits inconsidérés de la puissance publique a été simple, immédiate et lourde de conséquences : bien des bijoux ont purement et simplement disparu de maints inventaires de succession, tandis que chutait fortement le nombre des contrats d’assurance. Corollaire : puisque beaucoup de bijoux ne jouissaient désormais plus d’une existence légale, le marché «officiel» des pièces d’occasion, celui des ventes publiques en particulier, se trouva réduit. On verra là la cause principale de la faiblesse du marché français et on se félicitera même qu’il puisse survivre, aux côtés de la place de Genève, malgré des conditions si défavorables.

On constate en effet que la fragilité de ce secteur n’est, en quelque sorte, que relative. Force est de le reconnaître, en dépit des obstacles évoqués, ce marché demeure curieusement vivace, il suffit de fréquenter les salles de l’hôtel Drouot pour s’en rendre compte. Cela tient en premier lieu au goût de la parure, inhérent à l’humanité. Cela tient aussi à ce que les parties prenantes à de telles transactions – vendeurs aussi bien qu’acheteurs – sont loin d’être toutes soumises aux fourches caudines de l’ISF. Notons à ce propos que, dans leur écrasante majorité (et pas seulement dans notre pays), les bijoux se vendent pour des sommes nettement inférieures à 10 000 €, chiffres qui n’en font pas, on en conviendra, l’apanage des seuls milliardaires. Ainsi, chaque mois, des milliers de bijoux s’échangent en France, à Paris comme en province, phénomène on ne peut plus normal dans un pays où furent, et sont encore, fabriquées bien des plus superbes pièces dont on puisse rêver. Mais, avouons-le, tout un pan de ce marché, soit sa frange supérieure, c’est-à-dire celle qui génère les plus hauts prix, souffre, pour les raisons énoncées ci-dessus, d’une pénurie d’offre. Or, les pièces existent (du moins peut-on le supposer) et les intermédiaires ayant pour fonction de les vendre présentent dans notre pays toutes garanties de compétence. Quant aux acheteurs, tous se montrent prêts à enchérir : les bijoux comptent parmi les plus internationales des spécialités que regroupe le marché de l’art, et une forte demande se manifeste pour tous les types dans lesquels ils se subdivisent, des pièces de charme aux pierres de placement en passant par les bijoux anciens ou ceux portant la signature de grandes maisons de joaillerie. Et, lorsque «sort» une pièce exceptionnelle, le prix qu’elle obtient n’a rien à envier à ceux enregistrés pour des pièces comparables sur le marché international, les acheteurs étant eux-mêmes... internationaux. De là, ces dernières années, des enchères aussi remarquables que remarquées, en particulier à Drouot, et dont il y a tout lieu de se réjouir. Les plus importantes, on ne s’en étonnera pas, concernent les diamants, valeur refuge s’il en est. Le record français en la matière concerne la marquise (43,82 carats, F, VVS2) qui appartenait à Simone del Duca, une pierre adjugée 2 025 380 € en novembre dernier. Madame del Duca possédait aussi plusieurs pierres majeures dont un diamant de taille émeraude (24,78 carats, D, VVS1, adjugé 1 310 540 €) et deux poires (13,35 carats, D, VS1 et 14,75 carats, E, VVS2) vendues 1 084 174 € . Notons aussi, le mois suivant, deux autres poires (10,55 et 9,44 carats, respectivement F, VS1 et G, VVS2) à 509 515 €. Poires encore, ces pierres (14,51 et 25,52 carats, toutes deux D, VS1 et montées en bague, l’une par Gérard, l’autre par Cartier) que couronnèrent 474 450 et 684 318 € en 2004  et 2003 . Et, même si les comparaisons s’avèrent ici plus hasardeuses, les pièces anciennes recueillent elles aussi d’excellents prix. Certes, peut-être estimera-t-on que les 241 690 € d’un collier, fin XIXe portant la signature de Chaumet, tenaient essentiellement aux sept grosses perles fines qui l’ornaient ; mais la délicate broche en forme d’orchidée par Tiffany et l’intéressant pendentif de Lalique récemment vus à Drouot, durent sans nul doute leurs prix – 193 467 et 206 140 € – davantage à la qualité de leur dessin qu’à la valeur intrinsèque des matériaux les composant.
Pour satisfaisante qu’elle soit, l’énumération qui précède n’en souligne pas moins – paradoxalement – la fragilité de ce marché. Si les pièces de niveau international se vendent en France à des niveaux qui ne le sont pas moins, elles demeurent malgré tout d’une certaine rareté. Pire peut-être, les excellents scores enregistrés à leur propos ne produisent guère d’effet d’entraînement. Répétons-le, les acteurs du marché – experts et organisateurs de ventes – ne sauraient être considérés comme responsables d’un tel état de fait. Leur savoir-faire, évident, se manifeste dès que l’occasion leur en est donnée. Seule est à mettre en cause la voracité de l’État qui, pour des raisons dépassant largement le strict négoce d’œuvres d’art, exerce une action on ne peut plus négative sur un secteur pourtant susceptible de connaître, dans un autre cadre réglementaire, un développement bien plus... éclatant !

Les oeuvres d'art et les successions - 4 décembre 2007
Dans le cadre des successions, l’évaluation des objets d’art suit un régime spécifique.
En réalité, il y a lieu de distinguer l’évaluation des meubles meublants d’une part et l’évaluations des objets d’art à proprement parler de l’autre.
Dans de rares cas, les objets d’art seront exonérés de droit de succession.
L’évaluation des meubles-meublants
Par meubles-meublants il faut entendre le mobilier ordinaire nécessaire à la décoration ou à l’habitation d’une maison ou d’un appartement.
Les meubles-meublants sont évaluées dans les successions de la manière suivante :
-    Est d’abord pris en compte le prix de vente aux enchères qui intervient dans les deux ans à compter du décès.
-    A défaut de vente aux enchères publiques dans les deux ans du décès, la valeur prise en compte est celle contenue dans l’inventaire dressé dans les cinq ans à compter du décès par un notaire, un commissaire-priseur ou un expert. Chaque objet est inventorié et estimé.
-     A défaut de vente aux enchères ou d’inventaire, l’administration fiscale s’appuie sur la déclaration estimative et détaillée des parties, dont la valeur ne peut cependant être inférieure au seuil de 5% du restant des biens composant l’actif successoral. C’est ce qui est plus communément appelé le forfait de 5% des meubles-meublants.
Le forfait est donc une solution avantageuse lorsque le mobilier meublant a une valeur supérieure au forfait de 5%.

Sous l’appellation œuvres d’art, seront assimilés bijoux, pierreries, objets d’art ou de collection. Globalement, les règles d’évaluation se rapprochent de celles des meubles-meublants, mais il y a tout de même des différences du fait de la valeur présumée plus importante de cette catégorie de biens.

-    Là aussi est d’abord pris en compte le prix de vente aux enchères publiques dans les deux ans à compter du décès.
-    A défaut, si un inventaire estimatif a été effectué par un notaire ou un commissaire-priseur c’est la valeur consignée dans l’inventaire qui sera retenue.
-    Si aucun inventaire n’a été réalisé, mais qu’il existe un contrat d’assurance portant sur ces biens, existant au jour du décès et souscrit dans un délai précédant d’au moins dix ans l’ouverture de la succession par le défunt, son conjoint ou ses auteurs, la valeur mentionnée dans ce contrat sera prise comme référence à hauteur de 100%. (En cas de donation, la valeur du contrat d’assurance est prise en compte à hauteur de 60% de la valeur mentionnée).
-    Si un inventaire et un contrat d’assurance coexistent, c’est la plus forte valeur figurant dans ces actes qui sera prise en compte.
-    En l’absence de ventes aux enchères, d’inventaire ou de contrat d’assurance, la base d’évaluation prise en compte sera celle figurant dans la déclaration estimative des parties sans possibilité d’utiliser le forfait mobilier de 5%. La jurisprudence a cependant considéré que les œuvres d’art qui servaient à l’ornementation et à la décoration d’un immeuble pouvait être qualifié meuble-meublant et se voir appliquer le forfait de 5% des meubles-meublants.

L’exonération des droits de succession sur les œuvres d’art
-    Les œuvres d’art qui proviennent d’un héritage et qui sont donnés à l’Etat ne seront pas soumises aux droits de succession au titre de cet héritage
-    Les œuvres d’art qui constituent un complément historique ou artistique d’un monument historique ne sont pas assujettis aux droits de succession si les héritiers ou les donataires signent avec les ministères de la Culture et des Finances une convention qui prévoit le maintien dans les lieux des objets exonérés.

Charlotte Pérriand - une cote qui s'envole - 26 novembre 2007
Certaines personnes sont en possession de mobilier de Charlotte Perriand sans le savoir. D'un style sobre, pratique presqu'usuel, il faut être averti pour savoir qu'il s'agit bien de meubles de Charlotte Perriand, d'autant plus que bien souvent ils ne portent pas de signature... D'où la nécessité de faire appel à un expert. A partir de là, certains modèles trouvent preneur à des prix très élévés tandis que d'autres demeurent moins prisés.
Les arts décoratifs de la seconde partie du XXe siècle, toujours très en faveur, récoltaient ici une série de belles enchères. La meilleure allait à 240 000 € pour un bureau en frêne et placage de frene, les tiroirs en tôle d'alluminium de Charlotte Perriand. Il a été commandé en 1948 par monsieur Chatagnier. On y retrouve des éléments distinctifs de la créatrice, comme l’épais plateau légèrement arqué et l’association de deux pieds de section ovale d’un côté avec un seul grand pied de l’autre. Il s’agit du plus haut résultat enregistré à Paris depuis le début de l’année pour Charlotte Perriand. L’autre enchère à six chiffres récoltée, 132 000 €, remonte au 14 mai, avec une table de salle à manger Japon en dibetoo, une édition de la galerie Steph Simon de 1972. Restons avec la même provenance, monsieur Chatagnier, avec les 26 000 € d’une bibliothèque en placage de hêtre sur panneaux d’aggloméré, une création de Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret de 1948 (157 x 124 x 25 cm). Quinze plots disposés en quinconce soutiennent six plateaux. Une console d’applique murale de Charlotte Perriand et des ateliers Jean Prouvé du modèle réalisé pour la chambre de la maison de la Tunisie à la Cité universitaire de Paris en 1952 doublait à 55 000 € son estimation. Le plateau (280 x 42 cm) plaqué de formica vert pâle grisé blanc, creusé d’un vide-poches plaqué d’une feuille d’aluminium et cerné par une cornière en métal laqué gris, repose sur un pied oblong en pin massif. Intéressons-nous à une autre commande spéciale, passée celle-là vers 1960 par l’architecte décorateur Slavik à Serge Mouille pour un spectaculaire luminaire d’applique en tube d’acier noir satiné brandissant au bout de chacun de ses quatre bras asymétriques pivotants un abat-jour tétine (145 x 250 x 241 cm). Il triplait, à 68 000 €, son estimation

L'expertise d'un bureau plat : derrière une estampille peut se cacher une jolie petite fortune ! - 19 novembre 2007
Dans l’histoire des ventes aux enchères, le bureau plat détient un joli palmarès. À son actif, une succession de prix record dont le dernier en date et non des moindres couronnait le bureau Louis XV estampillé Joseph Baumhauer orné de vingt-quatre plaques en porcelaine de Sèvres, soit 6,87 M€ frais compris. L’évènement se déroulait à  à Paris. Une fin d’année en fanfare donc avec l’objet le plus cher jamais vendu en France ! Une journée plus tard et une traversée de la Manche accomplie, c’était au tour d’un autre bureau, toujours plat, exécuté vers 1710 et attribué cette fois au Roi-Soleil des ébénistes, André-Charles Boulle. Issu de la prestigieuse collection Nathan Wildenstein, ce modèle était adjugé à Londres  4,3 M€, un résultat sensiblement inférieur au record français. Cocorico ! Alors oui, ces dernières enchères correspondent à des meubles d’exception estampillés par les meilleurs ébénistes et arborant, qui plus est, un pedigree de choix. Le marché n’offre pas tous les jours une vitrine comparable à celle affichée en cette fin d’année 2005 – une aubaine pour le mobilier XVIIIe resté un temps au purgatoire – et un déploiement digne des plus grands musées. Mais, dans le quotidien des ventes aux enchères, le bureau plat fait aussi le bonheur des particuliers, qui peuvent s’offrir à partir de 3 000 € un modèle de style et dès 8 000 € une pièce d’époque. Des prix somme toute mesurés pour ce symbole du pouvoir. Ne dit-on pas un bureau de ministre ? À l’imitation des grands styles, certaines réalisations tardives, mais de belle facture, peuvent atteindre 10 000 €. Vous l’aurez compris, le bureau plat offre une belle brochette de prix, de 7 000 € à presque 7 M€ ! D’une manière générale, ce classique se vend bien, d’abord parce qu’il est élégant, ensuite car il reste fonctionnel. L’amateur a le choix parmi les modèles Régence, plus rares et de fait particulièrement goûtés des connaisseurs, ceux d’époque Louis XV, ondulés à souhait, et ceux, enfin, Louis XVI. Les petits modèles de ce dernier style, générés par la féminisation du mobilier à la fin du siècle, s’adaptent parfaitement aux intérieurs modernes et sont donc recherchés.

Le Marché ensoleillé de la peinture provençale - 6 novembre 2007

Existe-t-il en peinture un paysage typiquement provençal ? Est-ce que les mots : soleil, mer azur, lumière implacable, couleurs éclatantes, chemins caillouteux suffisent à évoquer la Provence ?
Viennent alors spontanément à l’esprit les toiles de Cézanne, de Braque et de Derain représentant l’Estaque, les paysages de Van Gogh ou de Gauguin dans la campagne arlésienne. Cette nature provençale à la physionomie particulière, a éveillé le génie des maîtres de la peinture moderne, stimulé leurs créations. Leurs toiles apparaissent aujourd’hui comme des sortes d’icônes. Pourtant, ces grands noms de l’avant-garde picturale n’ont pas inventé le paysage provençal. Avant eux, les véritables initiateurs du genre ont été les peintres de l’école de Marseille. Cette image de plein soleil se forge en effet sous le second Empire grâce aux peintres provençaux et aux contacts qu’ils établissent avec les artistes parisiens, «descendus» dans le Midi chercher la lumière méditerranéenne. De leurs travaux, de leurs échanges naîtra le paysage provençal. Cette région, définie par Mistral comme «l’empire du soleil», devient dès lors une succursale de l’Italie, un voyage obligé : un laboratoire de la peinture moderne.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les paysages qui représentent la région n’ont aucune spécificité, aucun caractère commun – en dehors des caractères géographiques – qui permettent de reconnaître plus particulièrement un paysage de Provence qu’une vue des Flandres. Tout change en 1845 avec l’arrivée à Marseille du peintre Émile Loubon (1809-1863). Les contacts établis lors de sa formation à Paris avec les maîtres de Barbizon comme Diaz, Flers et Troyon... influencent sa conception du paysage. Sa curiosité à l’égard d’une nature sauvage et vraie, son observation en plein air se substituent à une nature de convention, artificielle et recomposée. De retour au pays, Loubon en fait la base de son enseignement à l’école de Beaux-Arts de la ville. Il devient l’animateur de la vie artistique, instaure un salon régulier qui expose et confronte les toiles de ses élèves et de ses amis parisiens. Corot, Rousseau, Harpignies, Millet et bien d’autres artistes comme les Orientalistes, exposent et peignent à Marseille. « Sous son impulsion va se développer une école de paysagistes avec Loubon pour maître et la Provence comme atelier », précise Jean Roger Soubiran auteur d’un excellent catalogue sur le sujet. L’exaltation de ce terroir a d’ailleurs sa correspondance en littérature. Frédéric Mistral en est le représentant poétique avec son mouvement, le Félibrige, exaltant les oeuvres occitanes. Littérature et peinture oeuvrent de concert pour donner l’image d’une Provence « idéalisée ». Les représentants de cette jeune génération se nomment Marius Engalière (1824-1857), Auguste Auguier (1814-1865), Paul Guigou (1834-1871), Prosper Gresy (1801-1874) ou Adolphe Monticelli (1824-1886).
Tous à leurs manières et selon leur propre sensibilité représentent la région de Martigues à Cassis, de l’intérieur des terres aux façades maritimes. Ils s’inspirent d’un pays aux multiples facettes : les garrigues, les étangs, les accents du climat (la chaleur et le mistral), sa végétation (les cyprès et les oliviers). Devant le spectacle de cette nature, chacun trouve sa voie sans négliger les leçons naturalistes du maître. De cette diversité émerge une image type, celle d’une Provence sola